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DÉCOUVERTE À MURAT "EMPRIA SAMMUTI"

Deux Cantaliens trouvent un fossile unique au monde !  Murat

Avec l’aimable autorisation de Claude et Rose Sammut, nous rapportons ici la découverte d’une nouvelle espèce de mouche qui a vécu pendant le Miocène. Cette découverte a été relatée dans le journal de La Montagne le 18/02/2024. Article rédigé par Pierre Chambaud - Journaliste à La Montagne - Photos Jérémie Fullerunger.

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C'est l'histoire d'un couple passionné de vieilles pierres et de fossiles, au point de passer de longues heures les genoux dans une carrière. En 2021, Rose et Claude Sammut (photo ci-dessus) ont découvert à Murat les restes d'une mouche unique au monde , morte il y a cinq millions d'années. Cette espèce porte désormais leur nom : on vous emmêne à la rencontre d'Empria Sammuti.

Il faut imaginer un lac d'altitude, dans un cratère volcanique, proche de Murat (Cantal), une ville qui ne sera créée que cinq millions d'années plus tard. Un peu comme le lac Pavin, mais version miocène. Autour pas de ville, pas d'humains mais des arbres, des insectes. Des oiseaux survolent l'eau riche en silice et en algue, dans lequel des poissons  fraient. Une mouche à scie, un insecte qui pond ses oeufs dans le bois des arbres, meurt et tombe dans l'eau.

Le 7 novembre 2021, Rose Sammut ramène le bloc de diatomite, une roche qui ressemble un peu à de la craie, à la voiture. Elle n'y prête finalement pas grande attention : elle a trouvé un fossile d'insecte très bien conservé, mais c'est habituel dans les carrières de diatomites, près de Murat. Claude, son mari, resté à la voiture, s'étonne un peu puis réexamine une fois rentré à la maison, à Arpajon.

"Je ne l'ai pas trouvée dans le répertoire, se rappelle-t-il. C'était le bonheur..." Il envoie un mail à André Nel, chercheur, spécialiste des insectes de la période du miocène et fin connaisseur du site cantalien. "Je lui ai répondu que c'était probablement nouveau, se souvient le scientifique. Il fallait qu'il me l'envoie." Le fossile part dans une boîte d'allumettes à Paris.

Une mouche qui porte le nom d'un couple cantalien

Deux ans après, une étude est sortie. Le fossile a désormais un nom : empria sammuti. Empria, pour le groupe auquel se rattache l'individu, un groupe "assez ancien, qui existe encore aujourd'hui, continue André Nel. Mais on n'a pas tant de fossiles de cette époque."

Surtout, le spécimen retrouvé par Rose et analysé par Claude Sammut est dans un état de conservation remarquable. Il y a l'insecte, et sa contre-empreinte, ce qui permet à l'équipe de scientifique de voir un maximum de spécificité de l'animal, de le décrire avec précision, et de conclure qu'il est inconnu.

Au moment de la parution de l'étude, empria sammuti a déjà échappé à ses deux découvreurs. " Ils m'ont mis en garde, se souvient Claude Sammut. Ils m'ont prévenu que je ne pourrais pas en faire ce que j'en voulais."

Traduction : hors de question de garder la mouche dans la conséquente collection personnelle du couple, ni de l'échanger, un jour, contre une autre pièce.

Car c'est une partie de la vie des Sammut. Le couple est réuni depuis cinquante-deux ans autour d'une curiosité étonnante. Le jour, ils tenaient, avant la retraite, un restaurant  spécialisé dans le couscous et la paella, à Aurillac. Mais le soir, ils regardent les étoiles ou s'abiment les yeux sur des traités de géologie et de paléontologie.

Autodidactes dans l'âme, ils apprennent : " On n'est experts en rien, mais quand on s'intéresse à quelques chose, on le fait à fond ! " Avec l'âge, Claude Sammut se déplace moins bien alors " il fait la tête, et je fais les jambes ", sourit Rose Sammut, humble.

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Claude et Rose Sammut

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Claude Sammut devant son écran avec le fossile de la mouche "empria sammuti"

Ils cosignent l'article scientifique

Au confinement, ils redécouvrent les carrières de Murat, lieu reconnu pour la découverte des fossiles. " Cela a été une chance, car on ne pouvait pas aller ailleurs. On y allait tous les week-ends." De quoi faire changer la vision scientifique autour de ce maar, ce lac d'altitude : cours de cette période, ils retrouvent également un fossile de poisson alors "qu'on cherhce là-bas depuis vingt ans !" Cela pourrait être la preuve que l'étendue d'eau était connectée à une rivière, puisque le lac a été colonisé naturellement. Simple hypothèse pour le moment : si les insectes ont André Nel, il n'a pas son équivalent côté ichtyologie, l'étude des poissons, du miocène tardif...

Si le confinement a été bien pris par Claude et Rose Sammut, c'est que s'ils sont dans le Cantal, ils sont loin d'être enclavés. L'ordinateur est une fenêtre sur le monde pour Claude, qui revendique 800 contacts à travers l'organisation et la participation de bourses d'échanges.

Ce travail, André Nel le valorise et il qualifie Claude et Rose Sammut de " collègues amateurs éclairés " : " Ce sont des gens qui sont bénévoles, qui travaillent sans rien demander et qui nous fournissent énormément de matériel. Ils sont sur le terrain, tout simplement parce que nous ne sommes pas assez nombreux pour tout explorer. ".

De fait, la découverte d'une nouvelle espèce d'insecte n'est pas si rare sur la période, voire quasi quotidienne. Mais sans le travail du couple, la connaissance avancerait moins vite. C'est pour cela qu'empria sammuti porte aujourd'hui leur nom : " C'est une reconnaissance. S'ils n'avaient pas fait le travail, on n'aurait rien découvert."

Claude et Rose Sammut, regards tendres l'un pour l'autre, n'ont qu'une hâte : retourner dans les carrières de Murat car " il y a toujours quelques choses à découvrir." Aujourd'hui, cette mouche repose à l'université de Rennes, tranquille, cinq millions d'années après la fin de sa très éphémère vie. Mais pour Rose Sammut, c'est une fierté : " On voulait qu'elle soit vue !" En attendant, empria sammuti porte leur nom, comme une filiation.

Claude Sammut conclut : " Cela devient éternel. Nous sommes dans les livres scientifiques désormais..."

Pourquoi retrouve-t-on de si beaux fossiles dans la diatomite ?

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Conservation : La diatomite permet de fossiliser et de garder les détails

Si la diatomite est aujourd'hui un enjeu industriel notamment pour ses propriétés filtrantes, elle a aussi un intérêt majeur pour les paléontologues.

Claude et Rose Sammut récupèrent des blocs de cette roche blanche, un peu friable, qui se présente comme un millefeuille. Avec une lame, ils enlèvent des petites couches de minéral, ce qui permet de révéler, parfois, des fossiles dans un état de conservation extraordinaire, comme "momifié, décrit André Nel. Cela permet de conserver les couleurs." Le scientifique s'interroge même sur la présence d'ADN remontant à plusieurs millions d'années.

Si cela est possible, c'est grâce à la formation de cette roche : la diatomite est issue d'une algue, la diatomée, présente dans certaines étendues d'eau. "Elle pullule parfois en masse, décrit le scientifique. Cela crée une forme de gel à la surface de l'eau." Un gel riche en sillice, un composant que l'on retrouve dans beaucoup de minéraux. Si un objet (insecte mort, plume d'oiseau, feuille...) se retrouve piégé à la surface, il coule avec ce gel.

Au fond du lac, ce gel se retrouve compressé, et vidé de toute eau et de tout oxygène. Il se transforme petit à petit en roche, cette même roche qui est aujourd'hui exploitée par la société Imérys, à Murat. Les objets enfermés ont eu droit à cinq millions d'années sans aucun contact avec des bactéries, puisqu'il n'y a ni eau, ni oxygène, ni lumière : ils ne se sont pas décomposés, ou très peu.

C'est ce qui permet de découvrir des pièces uniques, des insectes ayant envore leurs couleurs, des feuilles présentant toutes leurs nervures. Mais les amateurs éclairés découvrant des fossiles doivent très rapidement reconstituer une gangue protectrice autour de la pièce, qui se dégrade très vite à l'air libre. Ils utilisent, notamment de la résine pour cela.

Le site de Murat a un intérêt scientifique très particulier

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Carrière de Murat où a été trouvé le fossile

Les carrières de diatomées autour de Murat ne sont pas uniquement importantes pour l'aspect industriel. Concernant la carrière de Sainte-Reine, à Murat, " il s'agit d'un site qui est aujourd'hui à environ 1 100 mètres et qui était déjà, il y a cinq millions d'années, à 1 100 mètres, explique André Nel, spécialiste de la période du miocène, entre - 23 M d'années et - 5 M d'années. C'est donc un lac d'altitude, c'est rarissime." Autre intérêt : il permet de faire une photographie de la faune et de la flore à un moment où le climat est chaud, juste avant les glaciations. Avec un encombrant strato-volcan ayant explosé sur une période de -13 millions d'années à -3 millions d'années, il aurait été aisé de penser tout le matériel de cette époque recouvert par le basalte. Dans le cas de Sainte-Reine, c'est partiellement le cas mais... C'est une chance : " Ce sont des sites qui sont très sensibles à l'érosion. Celui-là a été préservé." Les carrières sont exploitées par Imérys, qui entretient de bons rapports avec les chercheurs amateurs et les scientifiques. Si l'entreprise organise des visites de la carrière et autour de ses activités industrielles, elle rappelle que venir sur place pour chercher des fossiles est strictement soumis à autorisation. Hors de question d'aller sur place - c'est une propriété privée - en dilettante pour tenter d'y faire une trouvaille...

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